Aquamation: mettre du vert dans l’industrie funéraire [Solution]

Aussi ancienne qu’elle soit, l’industrie de la mort s’est modernisée au rythme de la société québécoise au cours des dernières décennies. Ainsi, sensibles aux retombées environnementales de leurs activités, des propriétaires de complexes funéraires ont même adapté leurs pratiques pour diminuer leur empreinte écologique. C’est ainsi que l’aquamation, un procédé de crémation par l’eau plutôt que par le feu, a fait son apparition au Québec au cours des dernières années.

Dans un mémoire réalisé par le Centre universitaire de formation en environnement de l’Université de Sherbrooke, on estimait qu’en 2011, la majorité des Québécois avait recours à la crémation. Or, Éric LeSieur fait partie de ces propriétaires de complexes funéraires dont les actions sont guidées par des considérations environnementales. Celui qui est à la tête du complexe funéraire LeSieur de Granby a d’ailleurs tracé la voie à une crémation verte au Québec : en 2015, il a été le premier de la province à offrir des services d’aquamation, un procédé qui se voudrait, selon Éric LeSieur, propriétaire de l’établissement, plus écologique que la crémation habituelle puisqu’il est réalisé à l’aide d’eau pour dissoudre le corps du défunt.

Éric LeSieur du complexe funéraire LeSieur de Granby. (Crédit photo: Photo tirée du site web du complexe funéraire LeSieur.)

«Quand on l’a instaurée, c’était vraiment pour des motifs environnementaux. L’aquamation est plus écologique et remplace la crémation», déclare Éric LeSieur, qui gravite dans le milieu depuis une trentaine d’années.

Comparaison des retombées environnementales de l’aquamation et de la crémation. (Crédit : Graphique tiré du site web du complexe funéraire LeSieur. )

En 2010, une étude de l’Université de Melbourne, en Australie, rapportait d’ailleurs qu’une seule crémation pouvait engendrer jusqu’à 160 kg de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, incluant les résidus causés par le cercueil.

C’est donc environ cinq années plus tard que le complexe situé en Montérégie a fait le saut en adoptant l’aquamation, cette technologie «innovante et écoresponsable» en provenance des États-Unis existant dans le monde funéraire depuis 20 ans. Le processus est approuvé par le gouvernement du Québec la même année et pratiqué ailleurs dans le monde, comme le Canada, l’Australie et certains États aux États-Unis, tandis qu’en France, l’aquamation n’est légale que pour traiter les animaux.

Moins polluante?

L’aquamation est, comme le mentionne M. LeSieur, une alternative à la crémation et à l’inhumation. Elle est réalisée en plongeant la dépouille dans un appareil se remplissant d’eau chauffée à 96 degrés Celsius et de produits alcalins, c’est-à-dire dans une solution au pH élevé, propice à la décomposition du corps.

Résumé du fonctionnement des processus d’aquamation et de crémation. (Crédit photo: Image tirée du site web du complexe funéraire LeSieur.)
                                

«Le processus de biocrémation dure 12h. À la fin, le corps est dissout, il ne reste que les os, que l’on récupère avant de les moudre pour en faire des cendres qui seront placées dans l’urne pour la famille du défunt», explique le propriétaire de l’établissement funéraire de Granby.

Même si le procédé s’avère plus long que la crémation traditionnelle qui ne nécessite elle que deux à trois heures, Éric LeSieur se dit fier de pouvoir offrir les deux options à ses clients. D’autant plus que la méthode, unique au Québec, rencontre ses valeurs écologiques.

«C’est définitivement moins polluant que la crémation puisqu’il n’y a pas de CO2 qui est rejeté dans l’air. Ça ne crée pas de pollution atmosphérique», ajoute-t-il. L’eau poursuit quant à elle son chemin vers l’usine de traitement des eaux usées comme l’illustre le schéma ci-dessous.

L’eau qui quitte l’appareil servant à l’aquamation est dirigée par les égoûts vers l’usine de traitement d’eaux usées.(Crédit photo: Image tirée du site web du complexe funéraire LeSieur_

Agir pour l’environnement

L’aquamation n’est d’ailleurs pas le seul tournant qu’a entrepris le complexe funéraire LeSieur en faveur de l’environnement. L’entreprise a également investi dans des voitures électriques  utilisées par les employés pour se déplacer sur le terrain de l’établissement.

De leur côté, les clients ont aussi la possibilité de choisir une urne funéraire biodégradable. Parmi toutes celles disponibles, l’urne Bios est conçue pour transformer «la mort en un retour à la vie à travers la nature», explique-t-on sur le site web. Elle se convertit en effet en arbre, pour ainsi créer un cimetière écologique.

À Québec, il y a bientôt un an que la Compagnie du cimetière Saint-Charles a elle aussi entamé un virage plus écolo. Avec ses onze cimetières dans la région de la Capitale-Nationale, elle a annoncé en mai 2019 le remplacement de ses trois fours crématoires par des modèles moins énergivores, afin d’atteindre une réduction d’au moins 50% de sa consommation lors de la crémation.

La Coopérative funéraire des Deux Rives qui compte 10 centres funéraires participe aussi à la réduction du «réchauffement climatique et contribuer à protéger l’environnement». Avec le programme Héritage, le mouvement des coopératives funéraires du Québec dont elle fait partie s’engage non seulement à planter un arbre à la mémoire de chaque défunt, mais compense surtout 100% de son empreinte écologique par le reboisement. De 2008 à ce jour, ce sont tout près de 120 000 arbres qui ont été plantés par les coopératives membres du réseau.

Émilie Pelletier

Finissante en journalisme, Émilie a toujours eu cette passion pour l'écriture et pour la recherche d'informations. C'est ainsi que son métier de journaliste lui permet de joindre ses deux champs d'intérêt au profit des lecteurs. Informer, voilà la mission qu'elle s'est donnée.