Changements climatiques : une croissance des emplois environnementaux au Québec [Solution]

Les changements climatiques mènent à la création d’un bon nombre d’emplois dans la société québécoise. Ce secteur de main-d’œuvre est en pleine croissance et ne cesse de se diversifier depuis le début des années 2000. En dépit de leur variété, ces emplois ont un but commun : répondre aux besoins environnementaux en société.

Les données récoltées au rapport annuel de 2018-2019 par EnviroCompétences démontrent que le marché du travail dans le milieu environnemental ne cesse d’augmenter chaque année.

« Depuis les 20 dernières années, c’est un secteur qui prend beaucoup de croissance. Ce qu’on voit apparaître, c’est un taux de croissance d’emplois qui varie de 7 à 9% chaque année », exprime Dominique Dodier, directrice générale du comité sectoriel de main-d’œuvre de l’environnement.

Par ailleurs, elle ajoute qu’il s’agit du secteur économique qui a eu le moins de ralentissement au cours des 10 dernières années.

Divisés en catégorie verte et en catégorie verdissante, les métiers environnementaux comptent 68 000 employés au Québec dans différents secteurs d’activités: air et changements climatiques, conciergerie, eau, énergies renouvelables et efficacité énergétique, matières dangereuses et résiduelles (À lire sur le site: le recyclage du verre en Gaspésie), restauration après sinistre, services-conseils et laboratoires ainsi que le secteur des sols. Selon madame Dodier, le secteur de l’eau reste le plus important au Québec. « C’est un secteur névralgique au Québec, parce qu’on parle de la santé publique », explique-t-elle.

Les emplois verts ont comme but de « mesurer, prévenir, maîtriser et corriger les impacts négatifs et les dommages sur l’environnement », selon le rapport du groupe AGÉCO. En ce qui s’agit des emplois verdissants, leur finalité n’est pas dans un but environnemental, mais les procédures utilisées lors de l’emploi respectent l’environnement.

Nombre de ces emplois sont liés à la mise en place de réglementations par le gouvernement. « La force de croissance [des emplois en environnement] prend place à cause des lois et règlements. C’est le secteur d’activités économiques le plus légiféré partout dans le monde, spécialement au Québec », estime la directrice d’EnviroCompétences, un organisme qui observe la croissance de l’emploi en environnement depuis plusieurs années. Celle-ci précise, d’ailleurs, que les études environnementales et les tendances mondiales peuvent orienter la formation et anticiper les futurs besoins en main d’œuvre.

Pour accompagner le secteur, sont apparus les éco-conseillers qui ont comme but principal d’aider les entreprises à s’engager en faveur de l’environnement. L’association professionnelle des éco-conseillers du Québec (APECQ) est formée d’environ 200 conseillers. Véronique St-Onge, éco-conseillère depuis près de 20 ans, travaille à son compte auprès d’entreprises et d’institutions. Elle fait le point dans cette vidéo.

Une plus grande collaboration à l’échelle gouvernementale

Catherine Gauthier, directrice de la direction des politiques climatiques remarque un intérêt croissant pour la conservation de l’environnement parmi différents ministères et organismes au Québec. « Au début, on travaillait avec un nombre plus limité de ministères et d’organismes. Puis, au fil du temps, il y en a de plus en plus qui se sont sentis interpellés par le dossier des changements climatiques et qui réalisent qu’ils ont aussi un rôle à jouer », explique la directrice des politiques climatiques. Madame Gauthier prévoit pour leur prochain plan d’actions l’implication de plus de 20 ministères et organismes. Il s’agit d’une augmentation de 12 depuis leur plan d’actions de 2006 à 2012.

Madame Gauthier insiste sur le caractère essentiel d’une équipe formée d’expertises divergentes. « On doit avoir des expertises diversifiées au sein de nos équipes pour être capable d’aborder ce dossier [des politiques climatiques]. Ce qui explique pourquoi on a des gens avec des profils différents des uns des autres ».

Selon la directrice, les stratégies actuelles du ministère cherchent à mettre le Québec dans une voie plus verte. « Maintenant, on va non seulement faire de la lutte contre les changements climatiques, mais de la transition climatique. C’est quelque chose qui fait de plus en plus partie de notre vocabulaire. On est vraiment dans une notion de développer l’économie de demain qui va nous permettre d’être plus résilient, plus vert », exprime la directrice des politiques climatiques.

Le Ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) du Québec prépare et veille à l’application de différentes lois et règlements pour lutter contre le changement climatique. Ce ministère qui est composé de 2072 employés prépare des plans d’action et encadre différents ministères dans un angle environnemental pour s’assurer que les projets initiés ne nuisent pas à l’environnement. Catherine Gauthier, directrice de la direction des politiques climatiques, explique que le MELCC est divisé en deux unités : une unité est responsable du marché du carbone et l’autre coordonne l’action climatique au sein du gouvernement.

Près du tiers des entreprises qui travaillent avec EnviroCompétences estiment que la plus grande difficulté du milieu est de recruter, selon leur diagnostic publié en 2017. (Crédit photo : Goumbik-Pixabay)

Occuper des marchés en croissance

Selon Dominique Dodier d’EnviroCompétences, les entreprises québécoises adhèrent de plus en plus à la cause environnementale. Des entreprises, telles que Biovert, offrent des produits de nettoyages écologiques depuis 1984 et emploient une quinzaine de personnes à l’usine et au siège social situés à Laval. L’entreprise voit ses ventes monter en flèche depuis la modification de sa stratégie de marketing ayant comme but de vendre un produit de qualité pour tout le monde. Les propriétaires ont voulu favoriser la démonstration de leurs produits pour prouver leurs efficacités. De plus, ils ont modifié leurs emballages pour se démarquer et attirer l’œil de la clientèle.

« C’est d’actualité. Surtout avec ce qui se passe en ce moment [COVID-19] et depuis quelques années avec les changements climatiques. On croit fortement à notre pulsion de plus en plus forte et on croit fortement qu’on a besoin d’utiliser ce type de produits de masse », explique Erik Yelle, l’un des deux propriétaires de la marque.

Les produits sont d’ailleurs certifiés écologo, une écoétiquette reconnue par le gouvernement québécois qui garantit au consommateur d’acheter un produit constitué de matières premières favorables à l’environnement. « La certification écologo est assez sévère. C’est environ 20% des produits au Québec qui ont ça et on est en grande partie responsable », précise monsieur Yelle.

Selon lui, l’entreprise Biovert continue à se développer : les deux propriétaires envisagent la construction d’une nouvelle usine pour répondre à la demande et peut-être, ultérieurement, au développement de nouveaux produits de nettoyage écologiques.

Selon leur site Internet, l’équipe de Biovert participe activement à la croissance de l’économie québécoise et canadienne. L’entreprise a recours à de nombreux sous-traitants au Québec ainsi qu’à plusieurs représentants en Ontario. (Crédit photo : Courtoisie)

Revaloriser des emplois « humbles » et de « grande valeur »

L’ensemble des personnes rencontrées insistent sur le fait que les emplois en environnement sont importants. Madame Dodier, la directrice d’EnviroCompétences va même jusqu’à les qualifier d’emplois « humbles » et « nobles ». « C’est quand même des emplois qui ont de belles valeurs. Ce sont des emplois nobles comme je les appelle », résume-t-elle. Cette dernière affirme que les employés en environnement devraient se sentir fiers de leurs impacts directs sur les changements climatiques et sur la santé publique.

La directrice en politique climatique au MELCC souligne le rôle des pouvoirs publics en la matière. « Pour développer durablement au point de vue de la société et de l’économie, l’environnement est fondamental. Il joue un rôle essentiel pour pouvoir vivre dans un lieu agréable où l’on peut se réaliser », exprime-t-elle.  La dimension interpersonnelle la touche d’ailleurs beaucoup. Selon elle, il est important de garder un environnement sain pour les futures générations et de maintenir un environnement durable.

Enfin, l’éco-conseillère Véronique St-Onge croit que son travail lui permet d’avoir de l’espoir dans l’humain.

« C’est croire que l’humain, malgré tout son potentiel de destruction, a aussi un potentiel de réparation, de construction, de compassion, de bonne volonté pour réparer les choses et construire un monde plus juste.»

Anne-Frédérique Tremblay

Finissante au baccalauréat en communication publique dans le profil journalisme à l’Université Laval, son principal but est d'informer la population sur les sujets d’intérêt public avec des informations précises et de qualité. Elle est intéressée par de nombreux sujets d'actualité, entre autres, l’environnement, la politique et la culture.