Couches, papier toilette et mouchoirs lavables : vraiment plus écologiques ? [Solution] [Vérification]

Différentes alternatives écologiques deviennent de plus en plus populaires auprès des citoyens qui souhaitent réduire leur production de déchets et poser un geste pour la planète. Couches, papier toilette et mouchoirs lavables sont devenus synonymes d’un mode de vie plus vert. Mais le coût de production et l’entretien que ces nouveaux produits nécessitent les rendent-ils vraiment plus écologiques ?

Environnement Parlant a rencontré Noémie Caron, fondatrice de la boutique Petit Mouton, qui se spécialise dans la confection de couches lavables, mises en vente par l’entremise du site de vente en ligne Etsy. Madame Caron confectionne aussi d’autres produits d’hygiène réutilisables comme des mouchoirs, du papier hygiénique, des tampons démaquillants ou des protections sanitaires lavables, pour son utilisation personnelle et à la demande de ses clients.

Une alternative écologique aux couches jetables  

D’après Noémie Caron, les couches lavables ont plusieurs avantages du point de vue écologique. Tout d’abord, celles-ci diminuent la quantité de déchets produits par les utilisateurs de couches. En effet, selon les statistiques de l’Éco-quartier Peter-McGill, situé à Montréal, chaque année, le Québec envoie environ 600 millions de couches jetables dans ses dépotoirs. Chaque enfant utilisera entre 5 000 à 7 000 couches lavables jusqu’à sa propreté, ce qui représente presque une tonne de déchets à lui seul, selon l’Éco-quartier Peter-McGill. De son côté, une couche lavable, elle, peut être utilisée 230 fois en moyenne et lorsque celle-ci est en fin de vie, elle ne finit pas pour autant à la poubelle. En effet, « les couches lavables usées peuvent être réutilisées en couches de piscine, en guenilles ou être amenées dans un centre de récupération de textile » explique, Noémie Caron. « Pour les couches encore utilisables, mais dont nous n’avons plus besoin, elles peuvent être gardées pour un futur bébé, vendues ou données à de futurs utilisateurs », ajoute-t-elle.

Selon plusieurs études, les couches lavables sont plus écologiques et économiques que les couches jetables sur de nombreux aspects. (Crédit photo : Communauté d’Agglomération de Niort)

De plus, la couche lavable permet de réduire la quantité d’eau nécessaire à sa production et à son entretien. En effet, selon Noémie Caron, « la production des couches jetables utilise tellement d’eau que le nettoyage des couches lavables à la machine à laver n’égalise pas un septième de l’équivalent de l’eau nécessaire à la production des jetables. » Ainsi, selon les calculs de Noémie Caron, la production d’une couche lavable utilise 2.41 litres d’eau, tandis que la production d’une seule couche jetable en papier en utilise 19.83  litres. Cela représente environ huit fois plus d’eau pour la production d’une seule couche. « Même en lavant une couche lavable à profusion, vous ne pourrez jamais dépasser la quantité d’eau nécessaire pour la production d’une couche jetable », résume Mme Caron. Le nombre de couches jetables nécessaires jusqu’à ce qu’un bébé atteigne sa propreté représentent une consommation de 26 000 L d’eau. En utilisant des couches lavables, le nombre de litre diminue de moitié (voir le graphique ci-dessous).

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les couches lavables consomment beaucoup moins d’eau, autant pour leur production que pour leur entretien, qu’en nécessite la production des couches jetables. (Crédit photo : Hamac Paris)

Quant au lavage, si on se fie au graphique de la boutique Mère Hélène (à voir plus bas), on peut nettoyer 24 couches lavables deux fois sans dépasser la quantité d’eau utilisée pour produire deux couches en papier. Au final, « l’eau utilisée autant pour la production que pour le lavage des couches lavables est de loin moindre à celle utilisée pour la production d’une seule couche lavable », conclut Noémie Caron. Pour le cycle de lavage, après avoir enlevé le surplus sur les couches à l’aide d’une cuillère en bois ou d’un bidet, les couches sont préférablement lavées ensemble dans une seule machine, puis séchées à l’air libre. Cependant, d’après Mme Caron, la routine de lavage des couches lavables n’est pas la même pour tout le monde et dépend de plusieurs facteurs.

Finalement, les couches lavables réduisent aussi les déchets liés à leur emballage qui est minimal. En effet, achetées en ligne, celles-ci viennent seulement dans un carton au nom de la boutique ou dans une enveloppe. Achetées en magasin, elles sont seulement accompagnées d’une étiquette pour identifier la boutique. Les couches jetables, elles, viennent souvent dans plusieurs sacs de plastique.

Des couches en tissu lavables 

Il existe plusieurs sortes de couches lavables. Toutefois, toutes sont composées de plusieurs tissus qui servent à retenir et à absorber efficacement les besoins naturels d’un bébé. Basée à Québec, l’entreprise Petit Mouton confectionne des couches à poches, qui disposent d’une fente pour y insérer un insert absorbant. La partie visible de la couche lavable (voir la photo plus bas) est composée d’un PUL (un tissu imperméable facile à coudre), et de jersey, qui est recouvert d’une fine pellicule de plastique pour imperméabiliser la couche. L’intérieur de la couche et l’insert peuvent être faits avec plusieurs types de tissus, habituellement doux et adaptés aux peaux sensibles, naturels et organiques et ayant divers niveaux d’absorptions.

Noémie Caron conçoit des couches lavables de type couches à poche. Celles-ci disposent d’une fente afin d’y insérer un insert absorbant. (Crédit photo : Petit Mouton)

Les couches lavables ne contiennent donc pas de produits chimiques et ne sont pas nocives pour la santé des bébés, contrairement à certaines couches à usage unique. En effet, selon une étude scientifique française réalisée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, les substances chimiques présentes dans les couches jetables présentent des risques pour la sécurité sanitaire des bébés. Une soixantaine de substances chimiques y ont été recensées. On y retrouve entre autres des hydrocarbures aromatiques polycycliques ou des substances parfumantes. Ces agents toxiques peuvent perturber le système endocrinien des bébés et leur provoquer des allergies cutanées.

Bonnes aussi pour le porte-monnaie

Parmi tous ses bienfaits, la couche lavable est aussi économique à l’achat et à l’usage. Un paquet de couches jetables coûte environ de 30 à 40 $ pour 160 à 200 couches à utilisation unique. De leur côté, le prix des couches lavables peut varier dépendamment de si elles sont produites en Chine ou au Québec. Une couche lavable chinoise peut coûter moins de 10$, tandis qu’en achetant québécois, celles-ci peuvent aller de 25 à 40$.

Selon l’Éco-quartier Peter-McGill, une couche lavable peut être utilisée 230 fois, et une boîte de couches jetables contient 180 couches. En sachant cela, « avec une seule confection plein prix de couche lavable, nous faisons déjà des économies par rapport au nombre de couches jetables », affirme Noémie Caron.  De plus, les couches lavables peuvent être achetées déjà usagées, et peuvent alors coûter deux à trois fois moins cher pour un lot complet. Plusieurs villes offrent maintenant des subventions à l’achat de couches lavables neuves, en remboursant en moyenne 200$ à l’achat d’un lot.

En achetant des couches lavables, on réduit le nombre de déchets et le budget que la naissance d’un bébé peut impliquer. (Crédit photo : Pinterest Boutiques Mère Hélène ; Montage photo : Isaure Patat)

Faisons un calcul. Un lot régulier de 24 couches lavables au prix de 30$ chacune est un investissement de 720$. Avec ces 720$, nous avons l’équivalent de 5 520 utilisations, là où l’usage de couches jetables reviendrait à 1 134$, avec des paquets de 180 couches à 37$ chacun. En achetant local et réutilisable, on fait alors une économie de 414$. En plus, selon Noémie Caron, ces 24 couches lavables neuves pourront être utiles pour deux ou trois enfants, voire plus, si on prend bien soin des couches.

Papier hygiénique, mouchoirs et autres alternatives

Les produits d’hygiène réutilisable ne s’arrêtent pas nécessairement avec les couches. Les adultes aussi peuvent faire leur part en ayant recours à du papier hygiénique réutilisable, par exemple.

Pour Noémie Caron, il n’est même pas nécessaire d’acheter son papier hygiénique lavable. Elle conseiller d’utiliser un tissu doux et élastique dont nous n’avons plus besoin et qui traîne à la maison. On découpe un morceau de ce tissu afin d’en faire un carré, un rectangle ou un rond, et notre papier est prêt. Madame Caron recommande l’utilisation de la ratine de bébé, qui est un tissu qui ne se défait pas après avoir été découpé.

Pour l’entretien, il suffit de laver les tissus hygiéniques dans la machine à laver, à l’eau chaude qui permet de neutraliser normalement tous les organismes. « Si toutefois il y a présence d’infection, de virus, ou de maladie, il est nécessaire de désinfecter davantage les tissus avant de les mettre au lavage », recommande Noémie Caron. Contrairement aux couches lavables, le papier hygiénique lavable ne nécessite pas un cycle de lavage à lui seul. Cependant, sous conseil de Mme Caron, il est préférable de ne pas le mettre dans une machine avec des tissus clairs ou qui ont de l’importance à nos yeux : il vaut mieux l’incorporer lorsque vient le temps de faire le lavage des serviettes.

La production du papier toilette et des mouchoirs lavables repose sur la réutilisation et leur entretien ne nécessite pas de faire un cycle de lavage leur étant spécialement dédié. (Crédit photo : Noémie Caron) 

Du côté des les mouchoirs, Noémie Caron pense aussi qu’il est préférable de les concevoir soi-même, en coupant des carrés de retailles de tissus qui traînent à la maison. Elle recommande la flanelle, qui est un tissu plus doux pour le nez. Pour le lavage, c’est le même principe que pour le papier toilette. « Les sécrétions nasales étant hydrosolubles, il suffit d’incorporer les mouchoirs dans un lavage à l’eau chaude de textiles, comme les serviettes », explique Mme Caron.

Enfin, pour ce qui est des serviettes hygiéniques et des tampons démaquillants que confectionne aussi la boutique Petit Mouton, le principe de lavage est le même. Il suffit de les prélaver à l’eau tiède et de les mettre ensuite dans une machine de serviettes, ou de couleurs similaires et de les sécher à l’air libre ou au sèche-linge avec d’autres vêtements. Les serviettes hygiéniques et les cotons démaquillants sont aussi faits avec différents tissus doux et absorbants.

Isaure Patat

Finissante au Baccalauréat en Communication publique, concentration journalisme. Rêve de voyager, d’apprendre sur le monde et ses cultures, tout en travaillant. Aimerait travailler pour les communications d'une organisation de coopération et de solidarité internationale à but non lucratif. Isaure Patat possède les nationalités française, canadienne et italienne.