Éduquer la jeune génération à l’environnement : apprendre à l’âge du faire

Par Ana Rosa Dallaire G. et Victor Lhoest

Afin de sensibiliser les enfants du primaire à l’environnement et d’outiller les futurs citoyens, plusieurs initiatives sont proposées dans les écoles. Ces ateliers et activités cherche à responsabiliser les enfants en soif d’apprendre : pour aborder la crise climatique auprès des plus jeunes, les enseignants misent sur l’aspect ludique de la nature, sans devenir alarmistes auprès d’enfants en éveil.

Dans le Conseil de vie des élèves (CVE) de l’école Marguerite-Bourgeoys , les élèves siègent et décident des activités de l’école : « Ils ont impulsé un virage vert en septembre 2019 » explique Laurence Goyette-Grenier. L’enseignante de cette école primaire en Basse-Ville de Québec, dans le quartier Saint-Sauveur, souligne que les enfants sont déjà sensibles à la cause environnementale « J’ai une de mes élèves qui, quand j’oublie de le faire, sépare le plastique du carton des boîtes de kleenex pour le recyclage. ». En tant que fondatrice du CVE de l’école en 2015, Laurence Goyette-Grenier est fière de son projet. Peu à peu, l’école adopte des petits gestes écologiques : « On va récupérer les bouchons plastiques et de lièges pour les envoyer à des organismes qui les réutilisent », dit l’enseignante sensible au recyclage. Elle espère bientôt pouvoir faire du composte : « C’est difficile à faire, mais on veut quand même lancer un composte à l’école. »

Les élèves de l’école Marguerite Bourgeoys ne sont pas les seuls dans ce cas. Bon nombre d’enfants sont confrontés aux enjeux environnementaux très tôt . Cependant, comme l’explique, Barbara Bader, professeure en didactique des sciences et chercheuse à l’Université Laval : « En général, ils en ont entendu parler de manière assez sombre, de manière catastrophiste ». Des expressions comme « la planète est malade » peuvent faire peur aux enfants. « C’est donc aux enseignants que revient la tâche de les rassurer en fonction de leur âge », assure-t-elle. 

Adopter des termes simples pour parler de problèmes complexes

Dès la maternelle, il est possible de faire découvrir certaines notions de l’environnement par la manipulation d’animaux, de roches, de plantes, etc. C’est la méthode qu’utilise le Groupe uni des éducateurs-naturalistes et professionnels en environnement (GUEPE). L’organisme passe des contrats avec des écoles qui le demande, pour proposer des activités reliées à la nature aux élèves. Les activités se déroulent le plus souvent dans les parcs naturels à proximité des villes. « La programmation est différente selon les âges », explique Mélanie Däppen , responsable des services éducatifs du groupe. « Le but est de sensibiliser au milieu naturel. On ne va pas commencer à leur parler des problématiques et des enjeux environnementaux dont on entend déjà beaucoup parler. Notre but, c’est de créer des émotions pour qu’ils veuillent protéger ces milieux-là », explique-t-elle.

De son côté, Barbara Bader travaille aussi à la formation initiale des enseignants du primaire : « On sait qu’avec les plus petits, ceux du début du primaire, on va mettre l’accent sur les observations, sur des activités concrètes, sur la mise en place d’expériences simples où les enfants ont besoin de réfléchir, de décrire, d’observer ». Pour elle :

« La base, c’est de fréquenter de la nature, il faut enseigner dehors, de manière régulière sans contraint ni objectif particulier ». Barbara Bader

Ces principes tirés auprès des chercheurs et de la littérature doivent faire réfléchir les enfants sur l’état des lieux :

« Trouver des termes simples pour expliquer des problèmes complexes, ça participe à la dédramatisation de la situation. La nature est toujours là et continue à fonctionner », explique la chercheuse, livres imagés à l’appui.

“Passer par les livres permet aussi de faire réfléchir les enfants par rapport à leurs habitudes de consommation” explique Barbara Bader, qui sélectionne les livres pour les métaphores écoresponsables qu’ils comportent. (Crédit photo : Victor Lhoest, via Guide de la Chaire en enseignement des sciences et développement durable)

À l’école Marguerite-Bourgeoys, les élèves membres du CVE sont tous entre la 3e année et la 6e année. Les enfants travaillent en équipe pour préparer de la documentation pour les autres élèves. Laurence Goyette-Grenier, enseignante de 4e année décrit le fonctionnement en classe : « Les élèves, en sous-groupes présentent comment on réutilise les bouchons de plastiques, les bouchons de liège et les crayons ».

Cette méthode, madame Bader la développe aussi quand il est question de l’enseignement des sciences auprès des enfants plus grands : « On va les conditionner à travailler un peu comme des chercheurs qui ont à défendre des idées, justifier leurs propos ». De plus, ils feront de la sensibilisation dans leur milieu comme des chercheurs qui tenteraient de diffuser l’information au sein de la population.

Prendre en compte la sensibilité des enfants

Bien que l’enfance soit le moment idéal pour aborder les problèmes environnementaux , la professeure prévient : « Une question comme les changements climatiques, pour des enfants du primaire, ça reste très abstrait. C’est difficile d’aborder ça avec eux ». Alors, c’est en dédramatisant, en utilisant des termes simples et en démontrant que des personnes se sont engagées pour améliorer les choses que les enfants comprendront la situation sans en avoir peur.

« C’est délicat d’aborder les changements climatiques avec les enfants. Il faut dédramatiser et démontrer que des personnes agissent afin d’améliorer les choses », rappel Barbara Bader qui aime donner l’exemple du Saint-Laurent, dont la qualité de l’eau est bien meilleure qu’avant. (Crédit photo : AFP)

Une formation à caractère politique

Enseigner l’écocitoyenneté à l’école, c’est aussi mettre un pied en politique : « c’est aussi une forme d’éducation à la solidarité, d’autant que le développement durable inclut une meilleure répartition des richesses sur terre », soutient Barbara Bader. Toutefois, la chercheuse de l’Université Laval tient à relativiser : « L’écologie, je ne veux pas que ça devienne une nouvelle religion. Je n’ai pas une nouvelle morale, écologique ou autre, car je crois que ces positions peuvent mener à des positions autoritaires ». Pour éviter de se camper dans des positions trop extrêmes : « Il faut alors d’abord mettre en place des alternatives. Je n’irai pas jusqu’à critiquer des agriculteurs qui travaillent dans l’agriculture intensive. On est dans un système ou ça rend service », concède-t-elle.

Au CVE de l’école Marguerite-Bourgeoys, des alternatives ont déjà été proposées :

« Avant le CVE organisait les fêtes, maintenant elles sont aussi écolo. Par exemple, on coloriait des dessins sur cartes vierges, maintenant c’est sur du papier recyclé »  illustre l’enseignante Laurence Goyette-Grenier.

Ces projets naissent au moment où les élèves sont élus pour représenter leur classe.  Pour être élus par leurs camarades, les enfants préparent des élections dans l’école et les candidats font un discours qui implique un côté environnemental, explique Madame Goyette-Greneier. En contexte d’élections, les enfants sont alors plongés dans un processus électoral, comme lorsqu’ils seront plus grands. Pour Barbara Bader, c’est une sorte de formation politique : « les enfants sont parfois vus comme des futurs citoyens, je préfère les voir comme des citoyens, des jeunes citoyens », reconnaît-elle.

L’exemple de GUEPE

Victor Lhoest

ctrl+alt suppr: environnementparlant.com en tache de fond. Je parle des solutions politiques à la crise climatique et des alternatives qui existent. En fait, mes articles ne sont pas là pour faire paniquer car j'estime que la panique paralyse.