Flygskam, ou éviter l’avion pour ne pas polluer [Problème]

De plus en plus de personnalités connues décident de boycotter l’avion pour diminuer leur empreinte carbone : Greta Thunberg a traversé l’Atlantique en voilier pour se rendre au Sommet sur le climat à New York. Le groupe de musique Coldplay a annulé sa tournée mondiale pour ne pas polluer la planète. Mais cette “honte de prendre l’avion”, le flygskam (terme suédois d’où le mouvement est originaire), trouve-t-il écho auprès de la population? Nous sommes allées à la rencontre de plusieurs voyageurs.

“Je ne prends pas l’avion, car c’est extrêmement dommageable pour l’environnement. Je considère qu’il est de la responsabilité de tout le monde de ne pas polluer davantage cette planète plus que ce nous le faisons déjà.”, annonce d’emblée Sebastian Drue, étudiant allemand de 23 ans.

“Se ruer vers les plages mexicaines, faire la débauche à Majorque ou planifier un week-end culturel à Dublin, Londres, Budapest et Barcelone consécutivement, ça n’aide pas l’environnement”, ajoute Sébastien Drue, étudiant allemand.

Certes, l’avion reste le mode de transport le plus polluant. Le site de l’Agence de la transition écologique du gouvernement français a mis sur pied un calculateur d’émissions de carbone de nos trajets  qui compare plusieurs moyens de transport (vélo, voiture, train, avion, etc.) pour un trajet équivalent. Par exemple, pour un trajet Québec-Montréal de 255 km, l’avion émettra 104 kg de dioxyde de carbone pour nous amener à bon port, la voiture 18 kg alors que le train n’en émettra que 1,5 kg. D’ailleurs, le transport continue à représenter une part importante des émissions de CO2 parmi les activités humaines.

Émissions de CO2 par secteur, en 2017 (Données de l’Agence internationale de l’énergie)

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), ce sont les transports terrestres qui émettent le plus de CO2, parce que nettement plus accessible et utilisé que l’avion (qui pollue plus par KM parcouru).

Part des émissions en % de CO2 par type de transport, en 2016 (Données de l’AIE)

Cependant, contrairement à Sebastian, ce n’est pas tout le monde qui s’empêche de prendre l’avion pour ne pas polluer. Margot Moreau, 62 ans, a voyagé dans plusieurs pays depuis qu’elle a pris sa retraite: Inde, Vietnam, Chili, Argentine, Costa Rica, Thaïlande, Puerto Rico et plusieurs pays d’Europe.

“C’est un plaisir de découvrir des nouveaux pays et des nouvelles cultures. Quand mon mari et moi on travaillait, on avait un temps limité consacré aux voyages. Maintenant, à la retraite, on peut se permettre des voyages de plus longue durée”, admet-elle.

En février 2015, Margot Moreau a visité le Parc national Nahuel Huapi en Argentine. (Photo courtoisie)

“[La pollution], ce n’est pas un facteur qui entre en compte. Il y a certains endroits où on n’a pas le choix de prendre l’avion si on veut y aller”, ajoute-t-elle. Si la pollution n’est pas un facteur, Madame Moreau admet plutôt que ce sont plutôt les conditions sanitaires, sécuritaires et météorologiques qu’elle et son mari prennent en compte avant de voyager. “En vieillissant, au niveau de la santé, on choisi des destinations plus sécuritaires. Prochainement, on aimerait aller dans les pays scandinaves”, confie-t-elle.

Cette dernière croit d’ailleurs que la responsabilité repose d’abord sur les compagnies aériennes qui devraient moderniser leurs avions afin qu’ils soient moins polluants, puisque l’achalandage devrait augmenter dans les prochaines années.

Des passagers toujours plus nombreux

En effet, prendre l’avion n’est désormais plus un luxe réservé aux classes moyennes des pays développés. La pratique se démocratise, se normalise, voire se banalise aux quatre coins du monde. En 2018, l’Organisation mondiale du tourisme dénombrait 1,4 milliard de touristes internationaux. La même année, le trafic aérien avait augmenté de 6,4 %. La région d’Asie-Pacifique est celle qui enregistre le plus haut pourcentage du trafic mondial, soit 37% en 2017. Selon les prévisions à long terme de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), le nombre de passagers transportés par les compagnies aériennes en 2016, qui a été de 3,8 milliards, devrait croître à environ 10,0 milliards d’ici 2040.  

Transport aérien, voyageurs transportés. Les passagers aériens transportés comprennent les passagers des vols intérieurs et internationaux des transporteurs aériens autorisés dans le pays. (Données de la Banque mondiale)

Nombres de passagers calculé en 2017 sur chaque continent.
(Statistiques régionales recueillies par l’organisme Aviation Benefits Beyond Borders)

Trouver des alternatives et limiter son impact environnemental autrement

Pour l’étudiante québécoise de 24 ans, Marianne Goulet, la pollution ne l’empêche pas de voyager, mais elle essaie de rester consciente des effets nocifs que le transport aérien a sur l’environnement. Une fois sur place, elle essaie de produire le moins de déchets possible et de pouvoir rester le plus longtemps possible à un endroit. Elle affirme également regarder les alternatives possibles de transport une fois sur place pour se déplacer (bus, train, etc.) Toutefois, elle admet que dans certains cas c’est difficile. Celle qui a étudié pendant un semestre en Angleterre admet qu’elle a utilisé l’avion pour se déplacer sur le continent. Durant son séjour, elle a voyagé en Autriche, en Suisse, en Espagne, en Italie et en France.

“Je ne trouve pas ça normal que prendre le train ça coûte plus cher que prendre l’avion. Si on veut se promener dans plusieurs pays en Europe, c’est tentant de prendre l’avion avec les compagnie low-cost, puisque les trains et le TGV sont beaucoup plus chers”, se désole Marianne Goulet

“Je me vois mal de m’empêcher de voyager, surtout que j’habite au Canada et c’est difficile de voyager à l’étranger sans prendre l’avion”, ajoute-t-elle.

Marianne Goulet a étudié pendant un semestre en Angleterre à l’hiver 2019. (Photo courtoisie)

D’ailleurs, Sebastian est conscient d’avoir la chance d’habiter en Europe et de pouvoir sillonner différents pays sans traverser des océans. « Mon plus long voyage a probablement été un trajet en bus de 30 heures jusqu’à Vilnius, en Lituanie. Après avoir été là pour mon semestre à l’étranger, j’ai voyagé en train vers le Portugal (avec plusieurs arrêts dans les pays baltes, la Biélorussie, la Pologne, la Hongrie, l’Italie, la France et l’Espagne). De Lisbonne, j’ai pris un autre bus de 30 heures pour retourner en Allemagne », se souvient-il.

Sebastian Drue pose devant la Bibliothèque nationale de Lettonie, à Riga, en juin 2019. (Photo courtoisie)

L’étudiant européen admet que suivre ses principes est parfois difficile. Il a déjà envisagé de prendre un bateau pour aller aux États-Unis ou au Canada, pour lequelle trajet durerait environ trois semaines. “J’ai beaucoup d’amis dans différents pays et je déteste ne pas les voir plus régulièrement. Une de mes meilleures amies habite au Québec et j’aimerais bien lui rendre visite.” Toutefois, il ne voit pas de problème que les gens voyagent pour poursuivre un échange interculturel significatif, lors par exemple d’études à l’étranger. Son objection touche plutôt au tourisme de masse.

“Ce sont des phénomènes de masse comme le binge-flying, les vacances en sac à dos ou les tours organisés que nous devons sérieusement repenser”, croit Sébastian Drue.

De son côté, si Marianne Goulet croit qu’il est important d’être conscient de son empreinte écologique , “en tant qu’individu on n’a pas beaucoup de poids dans toute cette machine-là. Pour qu’il y ait un réel changement, le plus gros de la responsabilité repose sur les grosses corporations”, termine-t-elle.

Myriam Boulianne

Étudiante au certificat en journalisme à l'Université Laval. Polyglotte en herbe et avide lectrice d'Haruki Murakami. Dans mes rêves les plus fous, je suis correspondante à l'étranger au Japon pour le New York Times.