L’environnement en région : le recyclage du verre en Gaspésie [Solution]

Au Québec, dans les régions éloignées des grands centres, il est parfois difficile pour les écocentres et les centres de tri de survivre pour des raisons économiques. D’abord, parce que la population y est moins nombreuse et le territoire à desservir est plus vaste : les coûts de transport des matières recyclées vers les grands centres peuvent être extrêmement coûteux. Ces organismes doivent donc trouver des façons ingénieuses pour offrir un service de qualité aux citoyens. C’est d’ailleurs la réalité de la Régie intermunicipale de traitement des matières résiduelles de la Gaspésie (RITMRG). Cette régie propose d’ailleurs des solutions innovantes, comme un vaste projet de la gestion du verre.

Présente dans la MRC Rocher-Percé et dans la ville de Gaspé, la RITMRG a été créée en 1998 et a un rôle de gestion et de coordination notamment dans les écocentres, dans les sites de compostages et dans la gestion des matières résiduelles. La régie initie également plusieurs projets dans les différentes municipalités de l’ensemble de son territoire.

Pour Nathalie Drapeau, directrice générale de la RITMRG, l’objectif principal est de réduire la quantité d’enfouissement sur le territoire couvert par la régie. « On veut faire de l’accompagnement et des campagnes d’information sur tout ce qui touche la gestion des matières résiduelles », explique la directrice générale.

La gestion du verre a donné de nombreux maux de tête à la régie, mais a permis d’aboutir à un des projets les plus importants de la RITMRG. En effet, depuis 2017, la régie transforme le verre directement au centre de tri de Grande-Rivière. La raison est simple : le transport du verre pour une transformation à l’extérieur de la région coûtait extrêmement cher, allant jusqu’à 4000$ pour chaque voyage de 30 tonnes.

« En transformant le verre chez nous, on crée du même coup une richesse locale. Beaucoup de citoyens viennent acheter le verre et ils s’en servent pour faire de l’aménagement paysager », mentionne Nathalie Drapeau.

Selon Nathalie Drapeau, le verre constitue environ 10% des matières que l’on retrouve dans un bac bleu, cependant, il s’agit d’une matière relativement lourde. (Crédit photo : Ville de Grande-Rivière)

Outre la question du coût, le traitement local du verre permet de réduire les pertes ajoute madame Drapeau : beaucoup de ce type de déchets qui se retrouvait dans les rejets des convoyeurs de tri. Effectuer la transformation du verre sur place permet alors de récupérer tout ce qui aurait été perdu s’il n’y avait pas eu de transformation locale et de limiter par le fait même la quantité de matières qui auraient été destinées à l’enfouissement. Les coûts d’enfouissement et de transport se retrouvent donc diminués à leur tour.

En plus de l’aspect économique de la chose, la directrice de la RITMRG souligne les bienfaits environnementaux à la gestion locale du verre puisqu’il n’y a plus de pollution liée au transport sur des longues distances.

Outre l’utilisation du verre chez les citoyens dans l’aménagement paysager par exemple, le verre est utilisé depuis l’automne 2018 comme abrasif de rue, notamment dans les rues secondaires de Grande-Rivière. Nathalie Drapeau mentionne que le granulat de verre utilisé dans les rues est plus performant que le sable qui était utilisé auparavant. Au printemps, la municipalité récupère à nouveau les résidus du balayage des rues pour le traiter une nouvelle fois.

Des puces dans les bacs pour connaître les habitudes des citoyens

En plus du retraitement du verre, la RITMRG a aussi implanté des puces sur l’ensemble des bacs de son territoire, qu’il s’agisse des bacs bruns de compostage, des bacs bleus de recyclage ou des bacs noirs de déchets. Ces puces sont associées à une adresse, ce qui permet à la régie de mieux connaître les comportements des citoyens en matière de gestion des déchets.

Grâce aux puces, la RITMRG peut connaître les habitudes de toutes les personnes résidant sur leur territoire d’action. (Crédit photo : RITMRG)

« On peut savoir si une famille met son bac au chemin à chaque collecte, si elle participe au compostage ou à la récupération. Ensuite, on peut encore mieux cibler nos interventions », explique la directrice générale. La RITMRG peut donc obtenir des informations importantes pour améliorer son service d’accompagnement et de sensibilisation des citoyens.

Implanter le compostage : un travail de longue haleine

Sur le territoire de la MRC Rocher-Percé, la collecte du compost se fait de manière régulière depuis 2012. Selon Nathalie Drapeau, les matières organiques compostables représentent environ 40% de ce qui est jeté dans l’un des trois bacs. Toutefois, ce ne sont encore que 40 à 50% des citoyens du territoire qui participent régulièrement au compostage alors que cette pratique permet de faire une différence importante au niveau de l’enfouissement.

Selon les statistiques de Recyc-Québec, la pratique du compostage est légèrement en hausse au Québec au cours des dernières années. Toutefois, le fait que ce ne sont pas toutes les municipalités du Québec qui offrent ce service limite grandement cette pratique.

« Si une famille de quatre personnes composte et recycle de manière sérieuse, il ne reste presque plus rien dans le bac à déchets et il pourrait être mis au chemin qu’une fois aux deux mois environ », explique Nathalie Drapeau.

Finalement, un projet entourant l’irrigation d’une culture de saules destinés à servir au compostage fait également la renommée de la RITMRG. Celle-ci récupère l’eau issue des opérations du site de compostage, une certaine quantité d’eau est générée. Cette eau contient des nutriments comme de l’azote, du potassium et du phosphore et elle ne peut pas être rejetée dans l’environnement. Madame Drapeau explique que cette eau est transportée vers la station d’épuration de la ville de Chandler pour que l’eau soit traitée. La RITMRG a implanté des boutures de saules sur un ancien dépotoir dans la MRC et l’eau de compostage est pompée au pied de chacune des 30 000 boutures de saules pour venir nourrir les saules.

Le projet d’irrigation des saules consiste à implanter une culture de saules à croissance rapide d’une superficie de quatre hectares qui sera utilisée comme « filtre végétal ». (Crédit photo : RITMRG)

« Comme l’eau utilisée contient de nombreux nutriments, les saules poussent très rapidement. On peut donc les couper après deux à trois ans  et on les réintroduit dans notre site de compostage. Cela permet une circularité des ressources », résume Nathalie Drapeau.

Selon madame Drapeau, ces trois projets démontrent bien la volonté de la RITMRG d’offrir les meilleurs services possibles aux résidents du territoire tout en démontrant qu’il est possible pour une petite organisation de réaliser des grands projets, particulièrement en étant loin des grands centres comme Québec ou Montréal. 

Louis-Michel Lelièvre

Finissant au baccalauréat en communication publique dans le profil journalisme à l’Université Laval. Passionné de sport, je tente d'ajouter une petite touche sportive à la couverture de l'environnement.