Parler et faire parler d’écologie au Québec, le champ de bataille climatique [Action]

Par Ana Rosa Dallaire G. et Victor Lhoest

Parler et faire parler d’écologie. Le militantisme écologique au Québec s’organise autour de plusieurs mouvements et associations qui ont recours à des stratégies différentes pour défendre leur cause et se faire entendre au sujet de l’urgence climatique. Ainsi, les groupes Extinction Rebellion (XR) et Équiterre adoptent chacun des solutions pour alerter des conséquences du réchauffement climatique, et ne pas rester inactifs au chevet du climat.

Que ce soit dans les médias ou sur les réseaux sociaux, les revendications se font de plus en plus entendre, notamment sous l’impulsion de groupes militants. Au Québec, l’organisme Équiterre met de l’avant le principe que des solutions simples existent pour prendre soin de l’environnement. La chargée de mobilisation Marie-Eve Leclerc, assure que chaque action du groupe a pour but « de baisser l’acceptabilité des citoyens envers certains projets polluants ». Depuis la création de cet organisme en 1992, les victoires sont rares, mais la mobilisation n’est jamais vaine « dans chaque action menée, le but est d’imposer nos règles du jeu», défend la responsable de l’organisme québécois.

Pour Équiterre, la mobilisation doit avoir lieu quand l’actualité s’y prête : « Nous étions mobilisés pendant les élections fédérales de 2019 pour porter l’environnement dans le débat public », rappelle Marie-Eve Leclerc. Ce type de mobilisation autour d’enjeux d’actualités permet à des groupes de s’installer à moyen et long terme dans les pages des médias, comme l’explique Josianne Millette, professeure agrégée au département d’information et communication de l’Université Laval. Pour elle, les militants « ont besoin de donner de la résonance à leurs actions. Il y a un enjeu de présence durable dans l’agenda médiatique ».

Chaque point représente un groupe militant écologique au Québec

À l’inverse, au sein du groupe Extinction Rebellion (XR), les militants suivent le principe que « l’urgence climatique justifie de se manifester en l’absence de réaction suffisante des autorités publiques ». Ainsi, Anne Rufiange, membre de ce mouvement né au Royaume-Uni en 2018,  explique qu’« il y a eu une prise en conscience pour maintenir le réchauffement climatique à 1,5°c. » Considérant que la limite sécuritaire de la crise climatique sera franchie si rien n’est fait pour y remédier, Anne Rufiange estime que le groupe considère que se focaliser sur les comportements individuels est culpabilisateur et peu efficace. À la place, elle avance que « réorienter l’investissement des énergies fossiles vers d’autres industries plus propres, aura plus d’impact que moi dans mon petit salon qui trie mes déchets » .

« Il ne faut pas se limiter aux gestes à la maison mais les transposer partout dans notre consommation, notre mode de vie. » revendique Marie-Ève Leclerc (Crédit photo: Équiterre)

La force, c’est le nombre

Sur les réseaux sociaux, Marie-Eve Leclerc gère certaines campagnes d’Équiterre. « L’information sur l’environnement permet de donner envie de passer à l’action. », dit-elle en  montrant les 2500 signatures récoltées pour une pétition lancée par l’organisme . Pour elle, cela signifie que les Québécois sont donc sensibles à l’environnement. D’après le baromètre de l’action climatique proposé par le média unpointcinq, 74 % des Québécois estiment désormais qu’il est urgent d’agir contre les changements climatiques, et une personne sur deux estime que des solutions existent pour résoudre ce problème.

En les rassemblant, Équiterre permet aux citoyens « de créer quelque chose de plus grand qu’eux. La force, c’est le nombre » croit Marie-Eve Leclerc. Elle relativise tout de même « Parfois, peu de personnes peuvent faire la différence. Un coup d’éclat peut beaucoup faire parler dans les médias ».

Moins nombreux que les cortèges des manifestants , les actions de désobéissance civile font partie du répertoire d’action de XR. Souvent accompagnées d’images spectaculaires, ces actions ne laissent pourtant pas voir la diversité des rôles dans le mouvement.  Les militants ne sont pas tous portés à aller au front et se faire arrêter, mais tous agissent pour la cause : « il faut prendre soin de l’état psychologique des membres, la lutte est stressante », constate Anne Rufiange.

En observatrice des mouvement sociaux, Josianne Millette remarque que : « les actions « radicales » d’un certain groupe n’ont pas toujours pour effet de nuire « à la cause » – ça peut tout autant favoriser l’appui à des groupes considérés plus « modérés » qui se mobilisent pour la même cause ». 

 

Convaincre en apportant une dose de plaisir 

Au sein d’Équiterre, Marie-Eve Leclerc estime que « Les actions sont l’occasion de créer un momentum, ça donne de l’énergie ». La dimension ludique et festive a son importance : le baromètre de l’action climatique préconise « qu’ajouter une dose de plaisir pourrait stimuler encore plus l’adoption de comportements favorables au climat ».

En prenant des formes différentes, les actions ne sont pas toutes là pour agir directement sur le réchauffement climatique : « certaines sont là pour informer de l’urgence d’agir », reconnaît Anne Rufiange. « Le blocage du pont de Montréal eu un impact médiatique important pour le mouvement. Bloquer un pont ne va pas résoudre la crise du climat, mais aide à faire connaître la cause », estime la militante.

 

 

Extinction Rebellion est construit autour d’une conviction: Faire bouger les choses par la désobéissance civile. (crédit photo: Extinction Rebellion)

Dans les médias, les journalistes qui abordent ces mouvements appliquent leurs routines de traitement médiatique : « Des sujets reviennent peu importe la cause », remarque Josianne Millette. « La violence, la recherche d’un leader sont presque des réflexes. XR cadre l’écologie comme quelque chose d’urgent »  ajoute la chercheuse. Aujourd’hui, les militants d’extinctions Rebellion font le parallèle entre l’urgence climatique et l’urgence liée au Covid-19 : Anne Rufiange remarque que « des mesures de guerre sont mises en place, servent la santé publique ». Et ajoute « qu’avec ces mesures, les émissions de CO2 baissent ». Les solutions sont là. Pour elle, ce qui manque, c’est la révolte.

Victor Lhoest

ctrl+alt suppr: environnementparlant.com en tache de fond. Je parle des solutions politiques à la crise climatique et des alternatives qui existent. En fait, mes articles ne sont pas là pour faire paniquer car j'estime que la panique paralyse.