Monsieur Voyage: voir le monde, sans le détruire [Action]

Alexandre Paquin en a vu du pays. Entre ses transits dans les aéroports et des milliers de kilomètres de déplacements terrestres, celui qui se surnomme Monsieur Voyage cherche toujours à des moyens plus écologiques de voyager. Avec Irokko, une application mobile qui lui permet de compenser ses émissions de gaz à effet de serre, le jeune globetrotteur québécois peut découvrir le monde en ayant la conscience tranquille.

Faire ses valises est un art que maîtrise à la perfection Alexandre Paquin. Depuis qu’il est tout petit, ce voyageur originaire du Bas-du-Fleuve met le cap sous d’autres cieux pour «sortir de sa zone de confort». Après nombre de voyages en famille et un périple l’ayant mené jusque sur l’île de Vancouver à seulement 18 ans, le Louperivois n’avait qu’une idée en tête: faire le tour du monde.

En 2017, Alexandre Paquin a visité une trentaine de pays sur quatre continents, en 50 semaines. (Photo courtoisie de Monsieur Voyage)

Or, le tourisme fait souvent l’objet de critiques en raison des émissions de gaz à effet de serre qu’il engendre. Son caractère polluant a d’ailleurs été confirmé dans une étude scientifique publiée en 2018 dans la revue Nature Climate Change. En analysant le cas de 160 pays entre 2009 et 2013, les chercheurs responsables de l’étude concluent que le tourisme est responsable de 8% des émissions de CO2 de la planète, soit 4,5 milliards de tonnes.

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Selon eux, la croissance du tourisme pourrait causer au cours des prochaines années encore plus de pollution par les achats, l’alimentation, l’hébergement ainsi (et surtout) les transports qui accompagnent le tourisme.

Voyager plus vert

Cette prise de conscience de l’impact environnemental du tourisme n’était toutefois rien pour empêcher Alexandre de réaliser le rêve qu’il chérissait. Bien au contraire. «Si je peux en éliminer un peu, je vais le faire», s’est-il plutôt dit. Conscient de contribuer lui-même à la pollution aérienne, qui représente à elle seule 20% de l’empreinte liée au tourisme, le bourlingueur a simplement choisi progressivement de voyager autrement, de «voyager vert».

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«Voyager et réduire son empreinte carbone est un combat de tous les instants pour les voyageurs nord-américains comme nombreux d’entre nous qui doivent traverser l’océan pour visiter des destinations bien populaires sur le vieux continent ou encore des contrées lointaines sur le continent africain ou asiatique», expliquait-il sur sa page Facebook, Monsieur Voyage, où il documente quelque peu ses aventures.

Au fil des années, Alexandre Paquin affirme avoir modifié sa manière de voyager, pour maximiser l’impact positif dans des communautés plus éloignées et moins favorisées par le tourisme comme ici, au Myanmar. (Photo courtoisie de Monsieur Voyage)

«J’ai pris 43 vols dans mon année. C’est des dizaines de fois l’impact du citoyen moyen. Je me sentais coupable» se souvient Alexandre au sujet de son début de tour du monde en 2017.

«Je me suis alors demandé tout récemment (janvier) par quelle méthode procéder. Je cherchais une entreprise québécoise fiable, qui m’assurerait que je pourrais facilement avoir un impact écologique», raconte l’homme de 27 ans, de retour à la maison après six mois passés à l’étranger.

Sa soif d’aventures ne pouvant être freinée et désireux de continuer à voyager malgré tout, il a donc choisi de se tourner vers Irokko, une application mobile québécoise destinée à compenser les émissions de gaz à effet de serre, de retour de son dernier périple.

Compenser ses émission de CO2 avec une application

Créée par un entrepreneur de Québec, Saliou Diallo, l’application mobile Irokko permet aux utilisateurs comme Monsieur Voyage de compenser leurs émissions de CO2 en plantant des arbres. Comment ça fonctionne? Des experts expliquent que pour une tonne de CO2, on devrait planter en moyenne deux arbres. C’est que les arbres captent une partie du carbone de l’atmosphère sous forme de CO2 parce qu’ils en ont besoin pour vivre. Plus de détails dans la vidéo.

En se servant de l’application, Alexandre Paquin affirme avoir atteint la carboneutralité après avoir compensé l’entièreté de l’empreinte produite lors de son dernier voyage au cours duquel il est passé de l’Afrique à l’Europe en faisant un détour par l’Asie. Il estime être monté à bord de 14 vols long courrier et avoir parcouru 42 000 km en avion. «C’est une fois le tour de la Terre», illustre-t-il. À son retour, il a donc planté 25 arbres par l’intermédiaire de l’application Irokko, pour compenser les 12 tonnes de CO2 engendrées.

L’interface de l’application Irokko, vue du compte de Monsieur Voyage. (Crédit photo : Capture d’écran courtoisie)

«On pense que planter des arbres, c’est comme de mettre un pansement sur une plaie, mais si tout le monde fait sa part, on peut limiter les impacts carbone planétaires», pense-t-il.

Sortir des sentiers battus du tourisme de masse

Depuis qu’il s’est envolé pour la première portion de son voyage autour du monde en 2017, Alexandre Paquin soutient que sa façon de voyager et ses mentalités ont évolué. S’il visitait initialement des sites touristiques incontournables, il se tourne aujourd’hui davantage vers des régions éloignées dans des pays peu fréquentés par les touristes.

«J’ai […] changé tranquillement ma manière de voyager […] afin de maximiser l’impact direct envers les communautés situées en régions lointaines qui ne bénéficient pas du tourisme ordinaire et qui vivent dans l’ombre», justifie-t-il sur Facebook.

Alexandre Paquin a collaboré avec Vaolo, qui met en relation les voyageurs avec de petits villages. Le voici au Sénégal. (Photo courtoisie de Monsieur Voyage)

«Le tourisme solidaire est l’avenir du tourisme, avance M. Paquin. Il faut utiliser notre argent avec bonne conscience», ajoute celui qui est lui-même diplômé d’études techniques en tourisme depuis 2015. «Dans les prochaines années, je veux encore m’améliorer, prendre davantage les transports collectifs et chercher des solutions écologiques comme s’il n’existait pas d’autres options».

Le nomade est présentement à la maison, mais il compte repartir bientôt, dès que la pandémie mondiale causée par la COVID-19 sera résorbée.

Monsieur Voyage était en Géorgie sur cette photo. Il espère pouvoir repartir à la découverte du monde après la pandémie. (Crédit photo : Fournie par Monsieur Voyage)

«On a la chance de voyager, on a donc le devoir de laisser les endroits le plus intacts possible derrière nous pour faire profiter les autres des paysages qu’on a eu la chance de voir», termine-t-il, dans l’espoir de pouvoir continuer à voyager assez longtemps pour mettre le pied dans tous les pays du monde.

Émilie Pelletier

Finissante en journalisme, Émilie a toujours eu cette passion pour l'écriture et pour la recherche d'informations. C'est ainsi que son métier de journaliste lui permet de joindre ses deux champs d'intérêt au profit des lecteurs. Informer, voilà la mission qu'elle s'est donnée.