On a testé pour vous : faire du vermicompost en appartement [Expérimentation/Action]

Par Erika Bisaillon et Léa Harvey

Selon plusieurs organisations environnementales comme Équiterre ou encore la Fondation David Suzuki, la crise climatique à laquelle nous sommes confrontés demande des actions concrètes. En réduisant de 40% les déchets que l’on envoie au dépotoir, le compostage semble être une solution rapide et efficace… en théorie. À l’ère post-COVID-19, quand certains manqueront à nouveau de temps, le compostage à domicile sera-t-il vraiment une solution à portée de tous? Nous sommes allées à la rencontre d’experts afin de mieux comprendre comment implanter ce petit écosystème à nos trains-trains quotidiens. Et niveau pratique… on l’a testé pour vous!

L’enfouissement des résidus alimentaires et des résidus verts génère d’importantes quantités de gaz à effet de serre et remplit inutilement nos sites d’enfouissement. À l’inverse, en compostant ces matières, les ordures ménagères sont réduites de 40 % grâce à un procédé de recyclage biologique naturel.

Chantal Beauchamp, professeure au Département de phytologie de l’Université Laval, est spécialiste de l’utilisation du compost et du processus de compostage. Elle le définit comme le processus de transformation de matières organiques en matière humifère (riche en débris végétaux), par des micro-organismes qui s’assurent du broyage, du fractionnement, de la transformation, de la digestion et de l’assimilation des hydrates de carbone.

Depuis 1986, le site de démonstration en compostage domestique du Jardin universitaire Roger-Van den Hende informe sur les techniques et le matériel nécessaire au compostage domestique. Chantal Beauchamp est fière d’y participer. (Photo courtoisie. Crédit photo – Émilie Veilleux)

Autrement dit, la masse en compostage est un écosystème où des organismes interdépendants vivent dans une chaîne alimentaire complexe. Composter, c’est donc leur donner des conditions de vie optimales pour décomposer la matière organique fraîche, explique Chantal Beauchamp. Les conditions d’aération et de teneur en eau doivent donc être propices à la croissance et au développement des divers organismes. La professeure estime que dès que l’on s’éloigne de ces conditions, on s’éloigne du compostage.

Le compost est ni plus ni moins le produit final du procédé de compostage : un humus brun-noir à l’odeur de sous-bois. L’Office des normes générales du Canada (ONCG) définit le compost comme une matière organique humifiée homogène qui a atteint certaines températures assez longtemps pour stabiliser efficacement les nutriments et tuer les agents pathogènes de l’humain. « Les pathogènes ne sont pas faits pour résister à la chaleur et, plus il y a de sucres, plus les températures augmentent. Cela fait en sorte que les micro-organismes qui n’ont pas leur place vont disparaître », explique Chantal Beauchamp.

Un compost prêt à être récupéré sera dit stable, c’est-à-dire qu’il ne subit plus de variation de température. La vie microbienne est donc satisfaite sans être surexcitée.

« Si la vie microbienne est surexcitée, cela signifie qu’il reste de la nourriture à décomposer. Puisque les micro-organismes sont meilleurs que les plantes pour absorber l’azote, si j’utilise un compost non mature, il ne restera plus de nutriments pour mes plantes et elles auront ce qu’on appelle la faim du sol. » – Chantal Beauchamp

La norme veut que l’ensemble de la masse de compost ait atteint 55 degrés Celsius pendant trois jours consécutifs, afin de détruire tous les agents pathologiques présents. Madame Beauchamp estime qu’en compostage industriel, cette température est normalement atteinte en moins de 48 heures. Elle souligne que les températures ne dépassent généralement pas les 70 degrés Celsius, ce qui ferait chuter le taux d’oxygène de manière excessive.

La professeure précise qu’il peut être judicieux de préparer des « recettes » de compost (un mélange préparé d’avance) afin d’éviter, dans le cas d’un petit composteur domestique, d’ajouter quotidiennement des aliments, ce qui empêcherait les températures de grimper.

Chantal Beauchamp précise au passage que les micro-organismes présents dans le mélange changera en fonction du type de compost produit : compost domestique, balcompost, vermicompost ou compost industriel. Pour chacun d’entre eux, ces micro-organismes (bactéries, champignons, acariens, pour ne nommer que les plus connus) varieront notamment à cause des températures et des odeurs. Les cloportes sont en effet plus communs dans le compost domestique et servent pour leur part à broyer les aliments. « Ce sont des petits Pacmans qui donnent un coup de pouce aux bactéries et aux champignons qui eux, n’ont pas de dents », s’égaye Mme Beauchamp.

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Ça mange quoi en hiver?

Beaucoup d’activités sont difficile à faire dans le monde du compost en période hivernale. En raison de la longueur des hivers québécois, la professeure Beauchamp conseille d’accumuler les résidus alimentaires dans un bac à l’extérieur en vue de réaliser une « recette » au printemps, lors du dégel : il suffira alors de mélanger l’entièreté des aliments accumulés, de calibrer le pH (le taux d’acidité des aliments) et de veiller au bon apport de matières carbonées et de matières azotées (voir tableau : la sélection des intrants), avant d’envoyer le tout au bac de compostage.

Pendant le processus, le bac pourra être rempli de nouveau. Puis, à l’automne, lorsque le compost est prêt, il est conseillé de commencer un second lot qui sera récolté juste avant l’hiver afin de vider le bac de remplissage avant le retour du gel. Avant l’atteinte du taux de congélation, Mme Beauchamp conseille de placer les restants de table dans une feuille de papier journal, ce qui absorbe les liquides et évite les odeurs.

On a compilé pour vous les bonnes pratiques :

« À chaque région sa contrainte. Dans les pays du Sud, lors de la saison des pluies, le compost est fait à même le sol et en période de sècheresse, le compost est enfoui dans le sol. » – Chantal Beauchamp

Pour Craque-Bitume, le vermicompostage peut s’avérer la réponse à nos hivers. En effet, puisqu’il peut être fait à l’intérieur, le vermicompost est une option « quatre saisons » qui dégage moins de bioaérosols que le compost classique, notamment puisque les températures atteintes y sont moins élevées. Réalisé à l’intérieur, un compostage « classique » pourrait dégager des particules aéroportées, constituées de micro-organismes ou de toxines, qui pourraient affecter la santé des humains, explique Madame Beauchamp.

Le vermicompost est le produit de la digestion des matières organiques par des vers Eisenia foetida (ver du fumier) ou Eisenia andrei (ver de la Californie) : c’est donc un fumier de vers, de couleur brun-noir, qui dégage moins d’odeurs que le compost classique.

Réalisé différemment du compost « classique », il s’agit aussi d’une méthode plus complexe et incapable de traiter autant de déchets que le compostage traditionnel. En effet, les vers préfèrent la fraicheur et l’humidité à la chaleur et à la lumière et demanderont également de ne pas être importunés quelques jours par semaine pour ne pas vivre dans un environnement anxiogène, ce qui pourrait leur être fatal.

Madame Beauchamp souligne par la bande l’existence du petit appareil électroménager, Tero, capable de réduire de 90 % le volume des déchets de table en moins de trois heures. L’appareil les transforme en fine poudre qui aura gardé tous ses éléments fertilisants. Tero fonctionne grâce à une technologie de broyage et de séchage sans odeur. Natives de Québec, les entrepreneures Elizabeth Coulombe et Valérie Laliberté, dans le cadre de leurs études à l’Université Laval, ont ainsi mis sur pied un produit performant, rapide et unique en son genre.

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La bonne recette : deux parties de « brun » pour une partie de « vert »

L’équilibre de l’apport de matières riches en azote (N) (c’est-à-dire les matières vertes et fraiches) et de matières carbonées (C) (les matières brunes et sèches) est primordial pour veiller au bon fonctionnement des micro-organismes, explique Chantal Beauchamp dans son texte sur le cocompostage à la ferme.

Selon RECYC-QUÉBEC, si la proportion d’azote est trop élevée, les effets néfastes peuvent amener le compost à surchauffer et ainsi tuer les micro-organismes présents.

À l’inverse, si le mélange est trop faible en azote, le compost chauffera difficilement et ne permettra pas la décomposition de la matière carbonée (le humus donné sera néanmoins stable).

En terminant, nous avons compilé pour vous les problèmes que vous pourriez potentiellement rencontrer lors du processus de vermicompostage ainsi que leurs solutions. À chaque problème, sa solution!

Léa Harvey

Amoureuse de la langue française sous toutes ses formes, je suis continuellement guidée par l’envie de découvrir ma société et les gens qui la composent. C’est d’ailleurs ce qui m’a poussée à écrire de nombreux textes qu’ils soient littéraires ou journalistiques. D’une inlassable curiosité, je m’intéresse à tout ce qui m’entoure que ce soit art, culture, science, information ou politique.