Production biologique locale : quand la Terre bénéficie des cultures de la terre [Action]

Un texte de Isaure Patat et Émilie Pelletier.

Bénéfique pour la santé des consommateurs et l’environnement, la production locale de nos aliments reste assez peu répandue. Selon l’Union des producteurs agricoles, seulement 2% de la superficie totale du Québec est consacrée à l’agriculture. Alors, pourquoi ne pas revenir à la base ? C’est ce qu’a fait un couple de Lotbinière qui cultive plus d’une cinquantaine de variétés de fruits, légumes et fines herbes biologiques destinés à leur consommation, mais aussi à la vente.

Non loin de la rivière Beaurivage, à Saint-Gilles, la famille Fontaine-Lacasse est bien installée depuis 2012. Pour s’établir avec leurs deux enfants, Karine Fontaine et Jean-David Lacasse ont acheté une terre à cultiver, puis ont lancé, « avec passion », Le Filon maraîcher, qui produit des paniers de produits frais.

La famille Fontaine-Lacasse, propriétaire de la ferme Le Filon maraîcher, située à Saint-Gilles. (Crédit photo : Courtoisie Le Filon maraîcher)

Certifiée biologique par Québec Vrai, la ferme du couple leur permet de travailler la terre à petite échelle, tout en maintenant une « production diversifiée ». En harmonie avec la nature, les jeunes parents s’occupent de leurs plantes en cherchant à déjouer le climat et les insectes ravageurs. Entre les champs, les serres et les cultures abritées, deux principes guident les actions de ces fermiers maraîchers : le respect de la terre et la fraîcheur des produits.

« Nous concentrons d’abord nos énergies à offrir les conditions de croissance optimales à vos légumes. C’est la base de la philosophie de l’agriculture biologique. En favorisant l’activité biologique dans le sol et la diversité des espèces sauvages et cultivées, on obtient des fermes productives et en harmonie avec leur environnement », mentionnent les agriculteurs sur le site web de l’entreprise.

Toute la famille Fontaine-Lacasse contribue au fonctionnement de la ferme. (Crédit photo : Courtoisie Le Filon maraîcher)

Le bio plus populaire

Les Fontaine-Lacasse produisent non seulement pour eux, mais aussi pour d’autres familles. En effet, Jean-David Lacasse estime que sa production lui permet de desservir pas moins de 200 familles de la fin juin à la mi-octobre, dans les secteurs de Lévis, Saint-Romuald et Charny, sur la Rive-Sud de Québec.

Le Filon maraîcher offre aux consommateurs des paniers bios remplis de légumes. Les paniers sont offerts pour la saison de juin à octobre, de façon hebdomadaire ou aux deux semaines. (Crédit photo : Courtoisie Le Filon maraîcher)

« On fait de la mise en marché de paniers bio auprès d’une clientèle qui est engagée avec nous. Il y a vraiment un lien entre producteurs et consommateurs qu’on veut aller chercher en faisant ça », explique le fermier.

Il juge son travail essentiel, notamment en raison de la demande qu’il voit augmenter pour ses produits. « J’ai observé un boom : il y a de l’engouement de part et d’autre, tant du côté des producteurs que des consommateurs », raconte-t-il. Pourtant, il semble qu’il n’en a pas toujours été ainsi, l’attrait pour les produits certifiés biologiques et la culture locale n’ayant pas toujours été si fort, se souvient M. Lacasse.

Les paniers bios contiennent aussi une variété de fruits, si la saison le permet, tel que des fraises. (Crédit photo : Courtoisie Le Filon maraîcher)

Le Québec est lui-même un leader en matière d’agriculture biologique, la province s’étant dotée d’un statut réglementé de reconnaissance de la production bio avant même le gouvernement canadien.

« Il y a eu une forte croissance dans le monde et de plus en plus de gros joueurs se lancent là-dedans. Nous, on garde notre mode de pensée original de recherche d’un mode de vie artisanal, où l’on est maître de nos actions, mais où on fait aussi profiter d’autres familles de notre savoir-faire par le commercial », ajoute Jean-David Lacasse, propriétaire du Filon maraîcher.

Caroline Halde, professeure au Département de phytologie de l’Université Laval va dans le même sens. Ce qu’elle appelle l’«agriculture écologique» et cette manière de travailler la terre, attirent de plus en plus de producteurs.

En 2011, l’Union des producteurs agricoles recensait d’ailleurs qu’un tiers des jeunes issus de la relève s’établissaient dans le milieu en démarrant une entreprise. « Les gens intéressés par l’agriculture s’y mettent surtout pour des convictions personnelles environnementales et écologistes », précise l’experte. Le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) mentionne à ce sujet que « les jeunes entrepreneurs agricoles sont de plus en plus nombreux à se doter d’un diplôme d’études collégiales ou universitaires ».

Bon pour qui, le bio ?

Toutefois, ce qui incite des consommateurs à acheter biologique reste légèrement flou , ajoute la spécialiste : si les gens ont tendance à manger bio pour prendre soin de leur santé, la science n’aurait toujours pas fait ses preuves au sujet des bienfaits de tous ces aliments, explique Mme Halde.

« Les preuves scientifiques ne sont pas encore là, c’est donc drôle à dire, mais il semblerait qu’il n’y ait pas de gain énorme pour la santé humaine », récapitule la professeure. Toutefois, les consommateurs gagneraient quand même à acheter du biologique pour préserver l’environnement et l’achat local, selon Aliments du Québec, un organisme sans but lucratif destiné à la promotion de l’industrie agroalimentaire.

« Pour le bio, on n’utilise pas d’engrais de synthèse et on garantit une qualité de vie aux producteurs qui n’utilisent pas de pesticides. Il n’y a pas non plus de transport des aliments. Alors bien sûr que pour le bilan environnemental c’est mieux d’acheter près de chez soi », explique Caroline Halde, qui salue les ménages qui misent sur l’autosuffisance alimentaire et qui ainsi évitent le gaspillage « aberrant » des produits. « S’il y a quelque chose qu’il faut couper sur la planète c’est le gaspillage », déplore la chercheure.

La ferme cherche à offrir des conditions de croissance optimale à ses plantations. (Crédit photo : Courtoisie Le Filon maraîcher)

« On remarque cette préoccupation d’acheter local », observe à son tour le propriétaire du Filon maraîcher. Son entreprise est d’ailleurs membre du Réseau des fermiers de famille dont les pratiques biologiques sont certifiées. « La qualité des aliments aussi est hausse, grâce aux normes de certification biologique qui permettent aux consommateurs de bien s’y retrouver », conseille-t-il.

Nouveau printemps

Goutte par goutte, l’hiver fond et une nouvelle saison des cultures s’amorce pour Karine Fontaine et Jean-David Lacasse. Si le couple se souhaite beaucoup de soleil, de pluie et peu de vents violents dans les semaines à venir, il espère aussi à long terme participer à une prise de conscience collective pour la terre dont il prend soin.

L’arrivée des beaux jours approche et la famille Fontaine-Lacasse ne va pas tarder à reprendre la préparation de ses paniers bios. (Crédit photo : Courtoisie Le Filon maraîcher)

« Si les résidus de pesticides et les OGM sont inacceptables dans notre assiette, on n’est pas plus heureux de les voir détruire la biodiversité ou de les retrouver dans nos cours d’eau », écrivent-ils sur leur site web.

« Un petit bout à la fois, on peut rétablir la planète si on pense comme une communauté intelligente », estime M. Lacasse. Planter des arbres, créer des microclimats pour rétablir la chaîne que la nature avait prévue et remettre en état des campagnes altérées par l’Homme, voilà la mission que poursuit, à petite échelle sur sa parcelle de terre, le Filon maraîcher.

Isaure Patat

Finissante au Baccalauréat en Communication publique, concentration journalisme. Rêve de voyager, d’apprendre sur le monde et ses cultures, tout en travaillant. Aimerait travailler pour les communications d'une organisation de coopération et de solidarité internationale à but non lucratif. Isaure Patat possède les nationalités française, canadienne et italienne.