Recyclage à Québec : de la crise à l’éducation citoyenne [Problème]

La crise du recyclage au Québec, qui a été très médiatisée au cours de la dernière année, ne semble pas s’observer à la même mesure qu’ailleurs dans la vieille capitale. Depuis 2018, la Ville de Québec a pris plusieurs séries de mesures en ce qui concerne le recyclage des matières résiduelles. Celles-ci ont été mises en place rapidement, mais plusieurs problèmes comme le tri ou la cueillette de la matière persistent tout de même. Une question se pose alors : comment rendre les villes plus efficaces en matière de recyclage une bonne fois pour toutes?

Dans sa vision 2018-2028 pour une saine gestion des matières résiduelles, la Ville de Québec s’est fixée un plan précis reposant sur plusieurs actions concrètes afin d’améliorer sa gestion des matières résiduelles : compostage, recyclage, réduction du gaspillage alimentaire ou bonification du système de collecte étaient envisagées.

Pour assurer une coordination globale, la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ) produit tous les cinq ans son Plan métropolitain de gestion des matières résiduelles (PGMR) qui chapeaute et dirige les plans des agglomérations pour la gestion des déchets. C’est aussi elle qui effectue un suivi annuel de l’application des différentes mesures environnementales mises en place sur le territoire : dans son plus récent suivi, datant de 2018, on y observe que l’agglomération de Québec a déjà réalisé la majorité de ses objectifs en ce qui concerne le recyclage. Ce constat peut pourtant faire sourciller quand il est possible d’apercevoir, en se promenant chaque jour dans plusieurs quartiers, des sacs de recyclage éventrés sur les trottoirs ou des poubelles dont le couvercle part au vent distribuant ainsi la matière recyclable partout dans les rues.

Dans l’arrondissement La Cité-Limoilou, les citoyens sont invités à mettre leur recyclage dans des sacs bleus distribués gratuitement par la Ville. Les sacs se retrouvent fréquemment éventrés et vidés sur la voie publique bien avant le passage du service de collecte. (Crédit photo – Léa Harvey)

En effet, bien que plusieurs objectifs ait été réalisés par la Ville de Québec, Marie-Christine Alarie, conseillère en gestion des matières résiduelles pour la CMQ, estime que plusieurs gestes doivent encore être posés partout sur la Rive-Nord y compris dans l’agglomération de Québec. « C’est sûr que, nous, on ne s’occupe pas du niveau opérationnel en ce qui concerne la gestion des matières résiduelles. Les opérations concrètes sont à la discrétion des agglomérations. Par contre, partout sur le territoire, on a encore beaucoup de choses à faire pour améliorer l’efficacité du recyclage», affirme-t-elle.

Après la mise à jour des installations du centre de tri régional, Madame Alarie pense que l’essentiel des efforts doit maintenant porter sur la sensibilisation auprès des citoyens. « La grande médiatisation de la crise du recyclage nous a fait mal dans la région. On a observé une sorte de découragement auprès des citoyens. C’est triste parce que cette crise-là n’est pas représentative de toutes les régions du Québec. Ici, notre centre de tri favorise le local. Les matières sont vendues en grande partie à des recycleurs locaux. Oui, une partie qui allait en Asie nous a été retournée, mais ce n’est pas la majorité », souligne Mme Alarie.

Pour améliorer l’efficacité du recyclage, toutes les agglomérations du territoire de la Rive-Nord, dont Québec, doivent miser sur trois points ajoute la conseillère en gestion des matières résiduelles : les industries qui produisent des emballages difficiles à recycler, la technologie des infrastructures de tri et surtout la sensibilisation auprès des citoyens.

« Les poubelles duo déchets-recyclage ont été installées dans les endroits plus touristiques, mais on ne les retrouve pas partout dans la ville de Québec. Dans les parcs, il n’y pas nécessairement de bacs de recyclage et la Ville de Québec pourrait communiquer avec les gestionnaires de ces parcs pour leur fournir le matériel nécessaire », déplore Michèle Dumas-Paradis, membre du Mouvement pour une ville Zéro Déchet. (Crédit photo – Léa Harvey)

Une solution qui passe par le politique

Pour certains groupes qui se battent quotidiennement pour l’environnement, les actions mises en place par la Ville de Québec restent bien fades et sans éclat. Michèle Dumas-Paradis, membre du Mouvement pour une ville Zéro Déchet, admet que la vision 2018-2028 de la Ville comporte de bonnes choses.

Il y a plusieurs mesures qui sont bonnes, mais pour la plupart d’entre elles, ça fait depuis 2005 qu’on en parle à la Ville. Ça fait 15 ans qu’on demande que ce genre d’actions soient mises en place. La Ville de Québec n’est pas assez proactive. Je pense qu’en tant que citoyens responsables, on demande un peu plus d’avant-gardisme – Michèle Dumas-Paradis

Le Mouvement pour une ville Zéro Déchet s’affirme ouvertement politique quoique non partisan. « Ce qu’on essaie de faire, c’est de mettre de la pression sur les différents paliers gouvernementaux par des manifestations ou des lettres d’opinion. Selon nous, c’est entre autres par des mesures concrètes et politiques, comme l’élimination des bouteilles d’eau jetables ou des sacs de plastique, qu’on va avoir un impact durable », explique sa représentante.

L’organisme organise fréquemment des manifestations afin de faire pression sur la Ville. (Crédit photo – Michèle Dumas-Paradis)

Selon Madame Dumas-Paradis, qui est aussi membre du conseil de quartier Saint-Roch, le manque d’objectifs chiffrés dans la vision 2018-2028 de la Ville pose un problème majeur. « C’est bien leurs objectifs. Mais il n’y a pas de chiffres clairs. La Ville veut faire la promotion des équipements de tri dans les multilogements. C’est bien, mais est-ce qu’on sait si des inspecteurs vont passer pour vérifier si l’installation a été faite? Si oui, combien? », s’interroge-t-elle.

Du point de vue du Mouvement pour une ville Zéro Déchet, le citoyen n’est pas le principal responsable à blâmer. « Le citoyen manque de connaissance à propos de la collecte, à propos de ce qui se recycle ou non. Ça prendrait plus de publicité. Nous, ce qu’on essaie de faire, c’est de la sensibilisation par différentes activités organisées dans les rues de Québec », souligne-t-elle.

Le Mouvement pour une ville Zéro Déchet s’implique beaucoup dans la cause contre l’incinérateur de Québec. (Crédit photo – Michèle Dumas-Paradis)

Simplifier les codes pour s’y retrouver 

Pour Jean-Louis Chamard et Céline Vaneeckhaute, président et vice-présidente du comité régional Capitale-Nationale–Chaudière-Appalaches du Réseau Environnement, si chacun des acteurs impliqués doit en faire un peu plus, la meilleure des solutions se trouve dans bien des cas à la source : le citoyen. Selon Monsieur Chamard et Madame Vaneeckhaute, même si les industries mettaient davantage d’indications sur leurs emballages, l’efficacité du tri n’en serait pas nécessairement améliorée. « Il ne faut pas multiplier les logos, car c’est plus mêlant pour le citoyen. Cependant, il y aurait lieu d’instituer un code international (mondialisation oblige) qui faciliterait le tri à la source pour le citoyen. Mais, on est loin de cela. Et je ne suis pas certain que le citoyen pense systématiquement à regarder le dessous des emballages en plastique pour vérifier le code de la catégorie de plastique… Je doute si tous les citoyens connaissent même l’existence de ces logos », précisent-ils.

RECYC-QUÉBEC, sur son site web, guide les Québécois afin que ceux-ci séparent bien la matière recyclable de leurs déchets. Dans la vidéo ci-dessous, vous retrouverez un résumé de ce qui va dans le fameux « bac bleu ». Il est possible de dérouler ou de revenir sur un plan en utilisant les flèches du clavier.

Pour aider le citoyen à s’y retrouver, plusieurs pouvoirs publics, comme la Régie de récupération de l’Estrie, proposent sur leurs sites web une liste des différents logos de recyclage qu’on retrouve sur les produits recyclables au Québec. L’organisme, qui a recensé une dizaine de logos, explique leurs significations respectives.

Au Québec, les produits recyclables n’ont pas tous le même logo. Plusieurs dessins et chiffres indiquent si le contenant est recyclable ou non. Le citoyen est invité à vérifier auprès de sa municipalité quelle matière y est acceptée et triée. (Crédit photo – Léa Harvey)

Ainsi, selon les responsables du comité régional Capitale-Nationale–Chaudière-Appalaches du Réseau Environnement, les municipalités doivent sensibiliser davantage leurs citoyens pour que le tri à la source soit efficace, et ce dès leur plus jeune âge.

Trop souvent, on voit toutes sortes de produits qui ne vont pas dans le bac de récupération. Des années de laisser faire et de « si tu ne le sais pas, met-le dans le bac bleu » ont fait que les citoyens ont tendances à tout mettre dans le bac de récupération. L’éducation devrait se faire dès l’école primaire et secondaire –  Jean-Louis Chamard et Céline Vaneeckhaute

Si les différents acteurs du milieu se renvoient encore la balle pour savoir qui doit être tenu pour responsable, la crise du recyclage semble toutefois faire consensus au sein des différents groupes concernés : si chacun doit faire sa part, c’est le citoyen qui est le premier maillon de la chaîne de tri.

Léa Harvey

Amoureuse de la langue française sous toutes ses formes, je suis continuellement guidée par l’envie de découvrir ma société et les gens qui la composent. C’est d’ailleurs ce qui m’a poussée à écrire de nombreux textes qu’ils soient littéraires ou journalistiques. D’une inlassable curiosité, je m’intéresse à tout ce qui m’entoure que ce soit art, culture, science, information ou politique.