Refaisons le compte des émissions de CO2, le programme boussole [Solution]

Tant que l’empreinte carbone des objets produits ne sera pas limitée, l’activité humaine continuera à dézinguer   l’environnement. La course à la croissance des entreprises ne nous empêche pas, en tant que consommateurs, de vouloir limiter nos émissions de CO2. Pour nous aider, l’experte en analyse du cycle de vie Cécile Bulle prépare le programme boussole, à destination des consommateurs Québécois, pour évaluer la production de CO2 des objets en comptabilisant tout leur cycle de vie.  

C’est une des réponses de la science de l’environnement aux questions de réductions des émissions de gaz à effet de serre. Développé au Centre International de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG)  par des chercheures de Polytechnique Montréal et de l’UQAM, le programme Boussole prévoit un calcul de l’empreinte écologique des produits, notamment la quantité de CO2 émis au cours de leur cycles de vie.

De l’extraction des matières premières à l’utilisation par le consommateur, connaître l’addition finale du CO2 émis par chaque objet que nous consommons à un but : nous aider à réduire l’empreinte environnementale de la consommation au Québec. La coordinatrice du programme Boussole Cécile Bulle insiste sur l’importance de la vulgarisation pour les citoyens :

« C’est en écoutant les scientifiques qu’on pourra sortir de la crise climatique. Il faut outiller la population et déjouer les intuitions trompeuses ».

Les chercheurs du programme retracent le parcours de chaque objet et recensent l’énergie nécessaire à chaque étape du cycle de vie. Mise entre les mains des citoyens, la boussole pourra les orienter dans leur consommation et ainsi permettre de faire pression sur les entreprises pour une production plus responsable : « L’objectif serait d’avoir un étiquetage des produits. Ça ne doit pas culpabiliser les consommateurs, mais plutôt offrir des solutions à ceux qui veulent agir pour l’environnement », développe la coordinatrice du programme boussole.

Retracer le cycle de vie dans notre consommation quotidienne requiert de la transparence dans toutes les étapes qui précèdent l’achat et celles après l’utilisation. (Crédit photo: Laure Patouillard)

L’énergie nécessaire pour qu’un produit arrive entre les mains du consommateur doit tenir compte de toutes les étapes, pas seulement du transport ou des méthodes de fabrication. 

Récompenser plutôt que sanctionner

Accompagner le changement de comportement, et de manière efficace. C’est un peu ce slogan qui mène la démarche derrière le programme Boussole : « Le but est de sensibiliser en démontrant que les principales sources de pollution sont différentes selon les individus », avance la chercheuse, graphique  à l’appui (le graphique, fera l’objet d’une publication par Cécile Bulle).

Les recherches sont claires : le transport quotidien et l’alimentation représentent souvent presque la moitié de l’empreinte carbone des individus. Pour illustrer l’écart de consommation entre les individus, Cécile Bulle rapporte que : « ces chiffres changent selon le revenu, un ménage gagnant plus de 112 500 $ par an émettra l’équivalent de 20 tonnes de CO2 dans son transport quotidien soit quatre fois plus qu’un ménage qui gagne moins de 29 000 $ par an. »

Toutefois, les solutions à amener sont différentes selon les individus : « Manger de la viande rouge augmente l’impact carbone individuel, mais arrêter d’en manger n’est pas la seule solution », assure Cécile Bulle. Pour s’implanter durablement, les changements doivent être individualisés afin que les Québécois l’acceptent. « Un étudiant peut accepter de prendre le bus plutôt que l’auto, mais une personne âgée n’aura pas la même volonté »

Une part de la population reste sceptique face aux dispositifs mis en place pour l’écologie, y voient une efficacité douteuse par rapport aux contraintes qu’ils font subir. Ici, la transparence de l’information permet de traverser le filtre du marketing qui s’emploie à cacher le coût environnemental. Alors, il paraîturgent d’informer avant  de sanctionner.

Dès lors, pour réguler les comportements, les gouvernements envisagent certaines mesures comme la taxe carbone. Toucher le portefeuille peut être perçu comme une sanction, ce qui n’est pas le cas de la Boussole qui se veut un instrument de solution. Les informations mises à la connaissance des citoyens ne sont pas là pour moraliser « la vulgarisation scientifique n’est pas là pour punir, elle doit permettre d’accompagner les citoyens qui veulent adopter des comportements durables, donner des récompenses », espère la chercheuse.

Victor Lhoest

ctrl+alt suppr: environnementparlant.com en tache de fond. Je parle des solutions politiques à la crise climatique et des alternatives qui existent. En fait, mes articles ne sont pas là pour faire paniquer car j'estime que la panique paralyse.