Urgence climatique: les « climato-réalistes » en doutent [Action]

Par Anne-Frédérique Tremblay et Émilie Pelletier

La popularité de Greta Thunberg a explosé au cours de la dernière année et les mouvements pro-environnement gagnent du terrain depuis plusieurs années. Entre mobilisations contre les changements climatiques et manifestations auprès des instances gouvernementales, l’environnement est désormais sur toutes les lèvres. Des groupes continuent toutefois à se montrer sceptiques face au caractère « alarmiste » du changement climatique : ils se désignent comme des « climato-réalistes ».

« On ne peut pas lutter contre les changements climatiques », soutient, Reynald Du Berger, un sismologue de formation. Sa position sur le climat, bien que peu répandue au sein de la communauté scientifique et en contradiction avec le discours dominant, il en a fait son combat depuis des années. L’homme aujourd’hui retraité de l’enseignement supérieur se qualifie lui-même de « climato-réaliste».

«Un climato-réaliste», c’est quelqu’un qui connaît la science, qui s’informe et qui met la science au premier plan, puis les aspects idéologiques comme la religion au second plan», défend monsieur Du Berger.

L’Association des climato-réalistes, fondée en France en 2016, se présente comme étant une «science et non une idéologie». «Les évolutions climatiques sont multiples et mal comprises, si bien que rien ne prouve que notre mode de vie causerait un ‘’dérèglement climatique’’», peut-on ainsi lire sur leur site web.

D’autres définitions classent ainsi les «climato-réalistes» comme des personnes qui tendent à rappeler la «faiblesse des fondements scientifiques» au sujet de l’apport négatif de l’être humain sur le réchauffement climatique. Ces personnes expriment donc un doute face aux théories les plus répandues sur le sujet en considérant le phénomène comme étant «cyclique» et «normal».

Monsieur Du Berger est un ancien professeur de l’Université du Québec à Chicoutimi où il a enseigné la géophysique pendant plus de 30 ans. (Crédit photo: courtoisie Reynald Du Berger- Facebook)

Un discours environnemental «alarmiste»

Le «réaliste», que ses opposants surnomment aussi «sceptique», se positionne diamétralement à l’opposé des idées de ceux que M. Du Berger qualifie de «climato-alarmistes». Greta Thunberg entre dans ce chapeau, précise-t-il.

«À l’inverse de nous, [les alarmistes] sont des personnes qui considèrent que la Terre est en danger, qu’il faut agir et que les heures sont comptées. Ils pensent qu’il est minuit moins cinq et que si on continue à consommer et à émettre des gaz à effet de serre, en 2050 ce sera fini.  Il ne faut pas paniquer, contrairement à ce que Greta Thunberg incite», affirme monsieur Du Berger.

«Il y a toujours eu des scientifiques comme moi pour dire: « Ne vous énervez pas, la Terre en a déjà vu d’autres et même pire que ce qu’on prétend vivre à l’heure actuelle qui va nous mener à une supposée apocalypse »», avance le membre de l’Association des climato-réalistes. Pourtant, plus de 200 organisations scientifiques à travers le monde considèrent actuellement que les changements climatiques sont causés par l’action humaine.

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Du point de vue de monsieur Du Berger, la planète connaîtrait depuis longtemps des variations semblables à celles qui surviennent actuellement. Selon lui, la planète se relèverait d’un âge glaciaire depuis environ 150 ans, une période où les températures étaient plus basses que la normale. La hausse moyenne annuelle du mercure, ce réchauffement climatique serait donc le fruit d’un retour «naturel» à des températures «normales et clémentes», justifie M. Du Berger.

«Si la tendance se maintient, c’est à peine un degré de plus qu’on va gagner d’ici 2100 et ça, d’après moi c’est bénéfique. Ce n’est pas vers la catastrophe qu’on court, c’est vers un léger réchauffement», ajoute-t-il.

En 2015, les prévisions de l’Accord de Paris, visaient à limiter l’augmentation de la température en-deça de deux degrés Celsius par rapport aux niveaux de l’ère préindustrielle, afin de «renforcer la riposte mondiale à la menace des changements climatiques».

«Lutter contre les changements climatiques, c’est aussi logique que de lutter contre le lever et le coucher du soleil. Il y en a toujours eu, il y en aura toujours et on est capable de s’y accommoder», pense quant à lui Reynald Du Berger. Il précise ainsi qu’il ne nie pas le fait que l’homme a une influence sur le climat, mais que cette influence est pour lui «insignifiante», par rapport à des cycles naturels comme les mouvements marins et l’activité solaire.

Monsieur Du Berger pense que les alarmistes sous-estiment deux choses : la capacité d’adaptation de la race humaine et l’ingéniosité de l’être humain pour trouver des solutions économiques qui ne vont pas chambarder la vie humaine.  (Crédit photo : Marcin Jozwiak-Pixabay )

Comprendre les motivations des «climato-réalistes»

Dans le cas des «climato-sceptiques», Ariane Bélanger-Gravel, experte en changement de comportements, soutient qu’«ils interprètent de l’information pour la rationaliser, même s’il y a des évidences scientifiques qui viennent contredire  [ce qu’ils pensent]. Ils vont donc reformuler et transformer l’information pour qu’elle s’ajuste avec leur système [de pensée]», ajoute la professeure adjointe du département d’information et de communication de l’Université Laval.

Pour elle, la pensée humaine est influencée par plusieurs facteurs tels que l’entourage et se construit ainsi d’une certaine façon pour chacun. Certains vont d’ailleurs avoir des valeurs importantes qui peuvent prendre le dessus sur leurs comportements. «On a des schémas mentaux d’interprétation du monde et selon le schéma mental qu’on a, on va interpréter les choses d’une façon différente», illustre-t-elle.  Elle soutient par ailleurs qu’il peut être difficile de modifier les idées d’une personne «climato-réaliste» à court terme. Les personnes avec des «idées extrêmes» seraient plus refermées sur leurs idées personnelles et auraient donc moins tendance à vouloir changer leur vision des choses, qui leur est «réconfortante», déchiffre Mme Bélanger-Gravel.

«Continuer de vivre, mais faire attention»

Même s’il soutient que la problématique du climat et de ses variations est «normale», M. Du Berger affirme tout de même faire sa part pour l’environnement au quotidien. La «raison» et la «responsabilisation» de soi, voilà la pensée qui guide les actions de Reynald Du Berger et celles des membres de l’Association des «climato-réalises» dont il fait partie.

«Je suis écosensible. J’essaie de laisser une trace environnementale la plus discrète possible derrière moi. Je suis raisonnable, je ne génère pas beaucoup de déchets qui ne sont pas biodégradables inutilement. Oui je fais attention, mais je n’en fais pas une obsession», résume Reynald Du Berger.

Continuer de vivre en faisant attention à l’environnement sans gaspiller indûment les ressources naturelles sont dont ses mots d’ordre. «Sans paniquer», répète-t-il.


Le tableau de gauche définit et présente la vision dominante et soutenue par plusieurs scientifiques partout à travers le monde sur les changements climatiques. Celui de droite présente, quant à lui, certains termes utilisés par Reynald Du Berger sous une vision « climato-réaliste ».

 

(Crédit tableaux: Anne-Frédérique Tremblay)

Anne-Frédérique Tremblay

Finissante au baccalauréat en communication publique dans le profil journalisme à l’Université Laval, son principal but est d'informer la population sur les sujets d’intérêt public avec des informations précises et de qualité. Elle est intéressée par de nombreux sujets d'actualité, entre autres, l’environnement, la politique et la culture.